Le lendemain matin, notre nouveau guide est déjà présent en bas à la réception avec de l’avance. L’homme est petit, chétif mais semble très instruit avec une excellente éducation.
En professionnel organisé, il nous fait le résumé de notre programme du jour et nous présente un à un les différents sites à visiter. Un programme copieux mais diablement intéressant !
En chemin nous insistons sur le fait que nous souhaitons avoir une vision réaliste du cambodgien instruit et cultivé qu’il semble être et pas un vague charabia d’ineptie indigeste pour passer le temps sans jamais heurter les touristes.
Notre demande semble le surprendre puis lui convenir car il a des choses à dire et nous n’imaginons pas encore à quel point cet épisode douloureux de leur histoire est marqué au fer rouge dans la tête de chaque cambodgien !
Il nous parle en autre du protectorat français instauré au 19ème siècle, une période mitigée puisque le peuple cambodgien des campagnes mouraient de faim et souffraient de mal nutrition ce qui expliquerait d’après lui sa petite taille.
Le sujet semble vraiment sensible pour lui d’autant que l’histoire du Cambodge est essentiellement faite de lutte, de guerre et de difficultés.
Nous commençons tout d’abord par la visite un peu morbide du musée Tuol Sleng, témoignage bouleversant des atrocités commises par les khmers rouges.

Ce bâtiment baptisé S21 par les 4 fondateurs du mouvement Pol Pot par soucis de brouiller les cartes était tout d’abord une école avant que celle-ci ne soit réquisitionnée en 1975 puis transformée en « camp de concentration » ou prison de haute sécurité pour tout type de personnes dangereuses pour le système totalitaire à savoir contestataire, journaliste, cadres dirigeants, enseignants…
Elle devint rapidement le plus grand centre de détention et de torture du pays rendu tristement célèbre pour toutes ses atrocités !
Entre 1975 et 1978, plus de 17000 détenus du S21 furent massacrés au camp d’extermination de Choeung Ek. Les khmers rouges tenaient des registres méticuleux de leur atrocités. Chaque prisonnier était photographié avant et après les tortures ce qui expliquent les quantités de portrait retrouvés et exposés.

On y distingue aussi bien des hommes, des femmes, des enfants de moins de 10 ans, des vieillards… provenant de toute nationalité. Cette barbarie touche vraiment tout le monde ! On y apprend même que les khmers finirent par se tuer entre eux, des générations de bourreaux furent carrément tués par leur successeurs. Le S21 revendiquait tuer en moyenne 100 personnes par jour.
Seulement 7 prisonniers furent retrouvés vivants le jour de la libération du camp en 1979. Le S21 révèle véritablement les plus sombres instincts enfouis au fond de chacun de nous, il évoque la face la plus terrifiante de l’humanité !
Le guide nous explique en autre leur plan machiavélique pour asservir la population en les forçant à changer de lieu d’habitation puis en divisant les personnes d’un même village puis les personnes d’une même famille afin d’isoler la majorité des cambodgiens et les endoctriner dans une vie de paysans dociles.
La table des lois est affichée et traduite dans la cours et sa lecture est effroyable !
Le code de conduite impose de ne pas parler, pas réfléchir, pas agir sans l’autorisation de son supérieur et de rester à ne rien faire dans l’attente d’un nouvel ordre. Il impose également d’exécuter toutes les taches qu’on lui ordonne sans aucune forme de réticence, de contestation ou de rébellion.


Les conditions de vie étaient absolument inhumaines, les prisonniers étaient systématiquement attachés dans leur cellule par un pied fixé au sol par une tenaille !

Nous observons dans différentes salles les portraits des khmers rouges arrêtés puis exécutés suite à la fin du régime totalitaire. Nous regardons également avec effroi les différents portraits peints à la main comme une fresque historique qui racontent la vie quotidienne des prisonniers et surtout les différents moyens de torture utilisés.
Les images sont pénibles à regarder d’autant que certains des instruments de tortures sont encore exposés derrières les vitrines.
Il y a dans cette exposition de photos des dits « bourreaux » une sorte de mémoire vivante, de plaie ouverte des atrocités de cette période de l’histoire du Cambodge qui se poursuivi dans la douleur, par les armes et le sang puisque tous les tortionnaires furent pourchassés, violentés puis tués de la même manière.
Mais avaient-ils vraiment le choix ? Quand on demande à un paysan de se rallier au régime sous peine de mort a-t-il le choix ? Doit-on ensuite le pourchasser et le tuer sachant que son niveau de participation est comme la table des lois l’explique, un rôle souvent de simple exécutant ?

Je n’insiste pas sur cette page de l’histoire, la loi du talion étant d’après lui justifiée mais je reste sur ma faim car il reste beaucoup de zones d’ombre sur cette période encore très sensible et je me documenterai surement par la suite..

Place maintenant à une visite beaucoup plus joyeuse puisque nous nous rendons à deux pas au majestueux palais royal qui abrite de nombreuses merveilles dont la célèbre pagode d’argent..